Petite enfance

4. Les caractéristiques de la petite enfance

4.3. Au niveau cognitif, sociologique et affectif : l'importance du langage et du jeu

La petite enfance est une période marquée par le développement intense de l'enfant: il passe d'une très grande vulnérabilité à sa naissance, où il ne peut rien faire sans l'adulte, à l'acquisition d'une certaine autonomie vers 3 ans, âge auquel l'enfant est maintenant capable de s'exprimer, de se faire comprendre, de se déplacer et où il commence à se socialiser.

Introduction

Dès sa naissance, un enfant commence à développer ses capacités intellectuelles, comme la pensée, la mémoire, l’attention, le raisonnement. Il développe aussi son langage, un aspect essentiel du développement cognitif.

Pour un développement harmonieux l’enfant doit évoluer dans un cadre sécurisant dans lequel il sera aimé et respecté. Les enfants ont tendance à rechercher le confort et la sécurité auprès des adultes significatifs qui en ont la charge. La construction du lien avec l'éducateur ou l'éducatrice à cet âge-là est donc primordiale. Il ne sera donc pas judicieux de faire tourner l'équipe, de proposer des temps périscolaires avec des personnes différentes ou inconnues.

Dans ce cadre sécurisant, l’enfant se développe essentiellement par le jeu, l’évolution de son langage va favoriser ses relations avec autrui et l’expression de ses émotions. Dans ce chapitre nous aborderons donc l’évolution du langage et l’importance du jeu comme éléments clés pour le développement de l’enfant au niveau cognitif, affectif et social.

Le langage

Le développement du langage est un processus très lent qui prend sa source dans les premières communications entre l’enfant et sa mère et qui varie d’un enfant à l’autre. Tous les enfants apprennent à maîtriser le langage à leur propre rythme. Certaines de leurs capacités se développent tôt et d’autres, plus tard. A trois ans, certains enfants seront mutiques alors que d’autres auront déjà un langage élaboré.

Plus l’enfant grandit, plus il est en mesure de bien nous comprendre et de parler parfois comme un petit adulte. Aider les enfants à développer le langage oral, c’est leur permettre de trouver une place à part entière dans la société.

À l’âge de 3 ans, un enfant a généralement un vocabulaire qui lui permet de dire des phrases de quelques mots. Toutefois, il fait encore des erreurs quand il parle. Il continue à s’améliorer et, vers 5 ans, son langage ressemble plus à celui d’un adulte.


Les clefs de développement du langage

Le bain de langage.
L’enfant développe son langage grâce à toute la richesse de ce qu’il entend autour de lui. L’exposition au langage dans le quotidien, puis dans des expériences variées influence le développement mais il existe à ce niveau-là de grandes inégalités. Dans certains milieux on parle peu à l’enfant, dans d’autres on leur parle mal, dans d’autres encore la langue utilisée n’est pas celle de l’école. Il faut être conscient des différences entre les milieux car c’est en les niant que l’on accentue les difficultés scolaires et les inégalités. L’éducateur, l’animateur jouent donc un rôle important pour fournir une stimulation riche, ils doivent prendre soin d’utiliser un langage adapté.
Avoir envie de communiquer.
Pour que le langage se développe, il ne faut pas seulement connaître des mots, il faut aussi susciter le désir de communiquer et donc laisser à l’enfant la possibilité de s’exprimer et de montrer de l’intérêt à ce qu’il dit.
Un tout petit qui maîtrise bien le langage aura la satisfaction de se faire comprendre plus facilement. Il peut intervenir autant qu’il le veut dans une conversation et changer le sujet lorsqu’il le souhaite. De bonnes capacités à s’exprimer favorisent des relations harmonieuses.
C’est ainsi que le petit qui a des difficultés sur le plan du langage est parfois plus timide, puisqu’il est conscient de ses limites. Il est important de donner aux enfants des occasions de s’exprimer sans qu’ils se sentent jugés.


Comment se développent le lexique et la syntaxe

L'enfant acquiert le lexique (les mots) et la syntaxe (la fonction et la disposition des mots dans la phrase) dans les échanges avec son environnement familial et social.

Le lexique

Le nombre de mots compris est nettement supérieur au nombre de mots utilisés, et ceci reste vrai tout au long de la vie.
Le développement quantitatif du lexique utilisé est très rapide.
18 mois-2 ans : 20 mots
6 ans : 2500 mots soit, en moyenne, de 1 à 2 mots par jour pendant 4 ans.
Adulte cultivé : 20 000 à 40 000 mots.

Un mot est considéré comme acquis si l’enfant est capable de l’affecter à un objet et s’il existe un ensemble de connaissances qui y sont associées.

Ex. de Marine (4 ans) : "Les pommes c'est beaucoup bon et ça a des vitamines et des protéines". Elle utilise le mot protéine mais n’en maîtrise pas le sens.

    Voici les domaines dans lesquels on observe des progrès entre 3 et 6 ans, les âges étant variables.
  • L'enfant devient capable de ne plus faire d'erreur dans la correspondance entre les mots et les objets.
  • Il apprend les termes génériques : il applique le mot chien à toute l'espèce canine. Il cesse d'appliquer un mot particulier comme terme général : si son chien s'appelle "Bobi", il ne dit plus "Bobi" pour tous les chiens qu'il voit. Ces classes s'apprennent grâce aux interventions des adultes (3-4 ans = âge des questions).
  • L'enfant crée des mots pour compléter son lexique. Quand l'enfant grandit et que les noms sont maîtrisés, il continue à créer des verbes (Hermine, 4 ans dit "Cet été j'ai campigné". Ces enfants ont compris le fonctionnement de la langue : leurs erreurs sont le signe d'un processus en construction : Hermine est en train d'intégrer la construction des verbes.
La syntaxe.
L’ordre des mots dans la phrase.

Chez l'enfant, la construction des phrases est créative mais porteuse de sens. Pour l'adulte, l'ordre des groupes est régulier : dans une phrase simple en français, on a en général : groupe nominal, groupe verbal.

Pour le jeune enfant, l'ordre de l'énoncé a un caractère arbitraire, il n'y a pas de lien, pas de correspondance entre la structure des phrases et les actions auxquelles elles se rapportent, même s'il s'agit d'actions concrètes, observables. On pourrait très bien avoir une autre structure, il ne s'agit que de conventions. L'enfant cherche toujours du sens dans ses constructions, comme dans tout ce qu'il fait. Il décrit en premier l'agent, celui qui agit, qui se déplace… C'est celui qui a le plus d'importance, celui qui saute aux yeux

Une construction fréquente chez l'enfant :

Le p'tit garçon ballon rouge pousse.

En revanche, dans un autre cas de figure l'action pourra être primordiale si c'est elle qui a le plus marqué l'enfant :

A tombé le bébé.

La structure de la phrase simple serait intégrée vers 6 ans.

La conjugaison.
  • Dès 3 ans et demi, l'enfant commence à conjuguer, la première forme verbale est l'impératif (Donne !), l'infinitif arrive rapidement (Moi, pas dormir !).
  • Vers 4 ans apparaît l'indicatif présent.
  • Le futur apparaît d'abord dans une forme particulière construite avec les verbes aller et venir : "je va manger" et vers 5 ans apparaît le véritable futur simple : "je mangerai".
  • L'imparfait et le conditionnel viennent à partir de 5 ans-5 ans et demi. Au cours de cette période (fin de MS, début de GS), on remarque des généralisations incorrectes : buver pour boire, ouvri pour ouvert, voulerais pour voudrais… L'enfant a intégré les caractéristiques des verbes les plus courants et il les applique à des verbes nouveaux qu'il ne connaît pas encore car ils sont irréguliers. Encore une fois, ses erreurs montrent qu'il a compris comment fonctionne la langue mais qu'il lui manque encore des connaissances.
  • Après 6 ans, on trouve une utilisation adéquate des temps des verbes : le présent est employé pour une action actuelle, le passé-composé et l'imparfait pour une action ancienne.
Les conduites langagières.

Pour maîtriser le langage, il ne suffit pas de connaître des mots et de savoir les organiser en phrases, il faut aussi adopter des conduites langagières : raconter une histoire n'est pas la même chose que de défendre un point de vue

Si on demande à des enfants de 3-5 ans de produire une histoire (un récit) à partir d'une série d'images sans texte on observe que le discours est géré directement à partir de ce que les images montrent : il y a une énumération mais pas d'organisation globale du discours. Le discours produit manque de cohérence.

Pour argumenter, il faut être capable de prendre en compte l'autre et son point de vue différent du mien. Il est difficile pour l'enfant d'imaginer que quelqu'un peut penser différemment (égocentrisme et décentration, Piaget). Vers 3-4 ans : l'enfant essaie d'expliquer les choses. Mais l'argumentation se mettra en place vers 13 ans.


Les compétences langagières entre 3 et 6 ans

De 3 à 4 ans

L’enfant comprend mieux les consignes plus longues et les notions plus abstraites, comme «à côté» et «plus tard». Il a tout de même de la difficulté à comprendre les notions de temps.

Son vocabulaire s’enrichit encore et il arrive maintenant à faire des phrases complètes (ex. : « Papa est parti dehors »).La longueur de ses phrases augmente d’ailleurs rapidement. Parfois, il lui arrive encore d’oublier de « petits mots » comme « je » et « mon ».

Lorsqu’il souhaite partager une expérience, le tout-petit peut parler de ce qu’il a fait dans sa journée, avec qui, etc. Il est moins dans l’ ici et maintenant, et il apprend à parler du passé et du futur.

Le tout-petit se fait comprendre la plupart du temps, même par les personnes qui ne le connaissent pas bien. Sa prononciation est de plus en plus claire.

De 5 à 6 ans

L’enfant comprend de mieux en mieux les explications et les consignes qui incluent des termes plus complexes(ex. : « Dessine un cercle » et « Va en arrière »). Il comprend aussi plus facilement les histoires et peut réfléchir aux éléments qui la composent (ex. : le problème et les émotions vécues par les personnages).

À cet âge, l’enfant a un vocabulaire diversifié et fait des phrases plus longues qui expriment des idées plus complexes (ex. : « Je suis rentré parce qu’il pleut »). Ses phrases se rapprochent aussi plus de celles des adultes. Il peut fournir plus de détails sur les choses en les décrivant.

De 4 à 5 ans

À cet âge, l’enfant parle presque aussi clairement qu’un adulte, et environ 90 % de ce qu’il dit est correct sur le plan grammatical. Il est capable de bien prononcer la plupart des sons et il peut formuler des phrases pour décrire les objets et les événements. Il connaît les couleurs, les formes, les tailles et le sens des mots « gauche » et « droite » ainsi que « le plus proche » et « le plus long ».

Il parvient également à expliquer comment résoudre un problème simple. Il comprend mieux les explications verbales d’événements passés ou futurs, de même que les consignes doubles (ex. : « Range ton manteau et va ensuite porter ton sac dans ta chambre »). Il est aussi capable d’attendre son tour dans une conversation.


Quiz sur le langage entre 3 et 6 ans

Cliquez sur l'image ci-dessous pour accèder au quiz.


Le jeu

Jouer est une activité naturelle pour un enfant, il joue spontanément. Dès son plus jeune âge, c’est en jouant que l’enfant commence à faire des apprentissages dans le plaisir. Le jeu a des effets positifs sur tout son développement.

L'importance du jeu dans le développement de l'enfant

Son développement moteur et sensoriel

Le jeu stimule les sens. Quand il manipule et regarde les objets, et même quand il les met dans sa bouche, l’enfant découvre les couleurs, les textures, les formes, les sons, les goûts. Il constate, par exemple, que les objets peuvent être lisses, rugueux, mous, carrés, ronds, grands ou petits. Lorsqu’il dessine ou découpe, il développe sa motricité fine. Et quand il joue à attraper un ballon ou à faire un casse-tête, il améliore sa coordination œil-main. Ses jeux lui donnent aussi l’occasion de courir, sauter, faire des culbutes et lancer un ballon. Cela renforce ses muscles, ses habiletés physiques et son équilibre.

Son développement cognitif (intellectuel)

Le jeu développe aussi la pensée, la mémoire, la créativité, le raisonnement, la capacité à résoudre des problèmes. Quand il joue avec des figurines de différentes grandeurs, il apprend peu à peu des concepts comme « plus petit que » ou « plus grand que ». Quand il joue aux marionnettes avec un ami, il développe son imagination. Quand il joue, l’enfant apprend à dire de nouveaux mots, à exprimer ses idées et à se faire comprendre.

Son développement social

Jouer permet aussi à l’enfant d’apprendre à vivre avec les autres. En jouant avec d’autres, l’enfant développe toutes sortes d’habiletés sociales essentielles pour vivre en société.

Entre 3 et 5 ans, un tout-petit est capable de jouer avec d’autres enfants pendant quelques minutes. Lorsqu’il veut un jouet, il le demande au lieu de l’arracher des mains de celui qui s’en sert. Les sont toutefois encore fréquentes. Un enfant de cet âge préfère d’ailleurs jouer avec un seul ami plutôt qu’avec plusieurs. Ses interactions avec les autres enfants deviennent plus intéressantes que l’activité en elle-même, mais la coopération dans le jeu est encore peu présente.

Vers 4 ou 5 ans,l’enfant prend conscience, petit à petit, que les autres ont aussi des droits. C’est d’ailleurs à cet âge qu’il apprend à et à . Il trouve aussi plus amusant de jouer avec plusieurs enfants que seul.

Même s’il n’aime pas , l’enfant peut participer à des jeux de groupe qui ont des règles simples et apprécier ces jeux. Il comprend d’ailleurs davantage le principe de l’entraide. Il est aussi plus porté à faire des compromis, tout en étant capable de faire sa place dans un groupe. Lors de conflits, les gestes agressifs ont tendance à être remplacés par des paroles, ce qui témoigne d’une certaine maturité.

Les types de jeux

Les jeux moteurs

Entre 3 et 5 ans,un enfant explore avec intérêt les possibilités de son corps. Il saute, grimpe et s’amuse à courir à différentes vitesses ou de différentes façons. Il aime jouer en extérieur, faire des jeux de poursuite, , se promener avec sa , son tricycle ou son , selon ce qu’il maîtrise. Il se lance aussi des défis physiques et il est fier de les atteindre, par exemple : « Je vais sauter par-dessus la flaque d’eau. »

Les jeux extérieurs


Les jeux à l’extérieur favorisent la découverte et la connexion avec la nature.

Les jeux de manipulation

Entre 3 et 5 ans,l’utilisation correcte des (crayon et ciseaux) intéresse davantage l’enfant, car il aime planifier, réaliser et apprécier un produit fini. Il a une meilleure attention (environ 10 à 15 minutes) et il est plus patient. Ainsi, il prend plaisir à faire des puzzles ou des casses têtes avec de plus en plus de pièces (6 à 15 pièces). Il adore aussi construire des structures (ex. : maison, voiture, avion) qu’il souhaitera souvent ensuite inclure dans ses jeux imaginaires. À cet âge, l’enfant ne vise plus seulement le plaisir immédiat et il peut faire des efforts dans le but d’avoir du plaisir un peu plus tard.

Les jeux imaginaires

Entre 3 et 5 ans, un enfant peut jouer avec un même jouet ou sur un même thème de 10 à 15 minutes. Il peut aussi s’occuper seul en jouant de 30 à 60 minutes.

Les jeux imaginaires où l’enfant s’amuse contribuent au développement de ses . Lorsqu’il joue au docteur ou qu’il s’amuse à être un parent qui console un bébé, votre enfant développe son empathie, son écoute et sa compréhension du monde.

L’imagination peut faire « voir » aux enfants des choses qui n’existent pas, par exemple des monstres sous leur lit. Mais cette même imagination les aide aussi à affronter certaines peurs. Lorsque votre enfant s’imagine être un superhéros capable de combattre tous les méchants de la Terre, il développe sa

L’enfant peut aussi exprimer certaines émotions négatives, comme la colère ou la tristesse, en les faisant vivre à des personnages imaginaires .

Entre 3 et 4 ans, un tout-petit s’amuse à imiter la réalité qu’il connaît (ex. : imiter papa qui se rase). Il s’attarde aux détails, qu’il aime utiliser lorsqu’il joue à . Par ailleurs, ses imitations n’ont plus nécessairement lieu en même temps que l’autre pose l’action. Par exemple, il peut maintenant, dans un jeu de rôle à la garderie, jouer un papa qui se rase.

À cet âge, l’enfant aime aussi particulièrement imiter les animaux et utiliser des objets-jouets qui représentent la réalité (ex. : tondeuse-jouet, instruments de médecin, biberon de poupée). S’il n’a pas l’objet-jouet dont il a besoin, il est capable de prendre un objet et de faire semblant que ce dernier en représente un autre.

Entre 4 et 5 ans, un enfant a de plus en plus d’imagination. Il invente de nouveaux scénarios à partir d’un thème qu’il a vu dans un livre ou à la télévision lorsqu’il joue avec ses figurines ou lorsqu’il s’amuse à faire des jeux de rôle. Jouer à être quelqu’un d’autre (ex. : médecin, caissier, mécanicienne) l’amuse d’ailleurs beaucoup, particulièrement si un adulte le regarde ou s’il joue avec d’autres enfants. Il adore aussi se déguiser et se faire maquiller.

Les jeux libres

Le jeu libre permet aux enfants de développer leur créativité, leur motricité fine et globale, leurs habiletés socio-affectives et langagières.

Pour aller plus loin :