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Cours: Savoir Nager
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Date: dimanche 20 septembre 2026, 18:56

Description

1. Les 3 questions posées à nos experts

Les 3 questions posées à nos experts :

  1. Quelle est votre définition du savoir nager ?
  2. Quelle est votre conception de l'enseignement de la natation ?
  3. Quel est votre regard sur le concept de littératie aquatique ?

Découvrons les réponses de nos 13 experts interviewés par Fabien CAMPORELLI lors des 7èmes journées spécialisées de la natation (juin 2024)

Présentation des experts interrogés :

1.     Patrick PELAYO, Professeur honoraire, université de Lille

2.     Didier CHOLLET, Professeur émérite, université de Rouen

3.     Cyril ALBERTINI, Professeur agrégé EPS, académie de Corse

4.     Raphael LECAM, Professeur EPS, université de Rennes

5.     Régis FAYOBOST, Professeur agrégé EPS, académie de Nice

6.     Philippe HELLARD, Professeur de sport supérieur, CREPS Bordeaux

7.     Robin PLA, Cadre Technique National, FFN

8.     Serge DURALI, Professeur agrégé EPS, université Bobigny

9.     Mathias MAGNAIN, Professeur agrégé EPS, université Poitiers

10. Aldo COSTA, Professeur universidade da Beira interior Portugal

11. Marina BLANCHART, Professeure EPS, académie de Reims

12. Jeanne DEKERLE, Professeure, université de Brighton

13. Sébastien RATEL, Professeur, université de Clermont-Ferrand

 

 

2. Définition du savoir nager

Cliquez sur les capsules pour écouter les réponses !

La définition du « savoir nager » varie considérablement selon les auteurs, qui soulignent tous sa complexité et sa nature plurielle, dépendante du contexte et des objectifs. Plutôt que d'une seule définition, les auteurs proposent l'idée de « savoirs nagés » multiples qui évoluent tout au long de la vie.

Voici les différentes conceptions et définitions données :

 

1. Le Savoir Nager comme capacité sécuritaire et d'adaptation au milieu :

Plusieurs auteurs mettent l'accent sur la dimension sécuritaire et la capacité à gérer l'incertitude du milieu :

 

Capacité à s'engager ou renoncer : Pour Cyril Albertini, le savoir nager est quelque chose qui s'apprend ou se perd tout au long de la vie et est fortement lié au milieu. C'est une conception globale qui permet d'être capable de s'engager ou non dans l'environnement aquatique. Cela implique de se connaître, connaître l'environnement dans lequel on s'engage, et savoir renoncer si nécessaire.

 

Sécurité minimale :

Pour Didier Chollet, le savoir nager est d'abord la capacité d'entrer, de se déplacer et de sortir de l'eau en toute sécurité.

Marina Blanchart le lie au savoir sécuritaire et à la littératie, permettant de pouvoir se sauver quel que soit le contexte (certain ou incertain, généralement associé au champ d'apprentissage 2).

Patrick Pelayo met en lumière que la difficulté est souvent de déterminer les compétences minimales pour se préserver d'une noyade.

 

Maîtrise et variabilité du milieu :

Aldo Costa le définit comme une habileté motrice qui permet de se propulser et de maintenir le corps au-dessus de l'eau, mais aussi de comprendre ce qui doit être fait dans des environnements aquatiques différents (en raison de leur variabilité).

Serge Durali note que le savoir nager est calibré par rapport au milieu dans lequel on intervient, et que l'attestation du savoir nager en sécurité (SNS) est souvent insuffisante pour le milieu naturel (lacs, rivières, mer).

 

Triompher de l'inconnu :

Mathias Magnain axe sa définition sur le fait de triompher d'une épreuve qui pourrait être inconnue. C'est un savoir adaptatif face à une forte incertitude spatiale, temporelle et événementielle, permettant de triompher même sans connaître la fin de l'épreuve ou les contraintes.

 

2. Le Savoir Nager comme compétence motrice et efficacité :

D'autres définitions se concentrent sur les compétences spécifiques requises pour le déplacement :

Capacité de déplacement :

Philippe Hellard donne une définition personnelle : savoir se déplacer d'un point A à un point B en grande profondeur, plusieurs fois et sans fatigue, et réussir à le reproduire sans difficulté. Il évoque une contrainte minimale de 15 mètres.

 

Efficacité et faible coût énergétique :

Sébastien Ratel le définit comme la capacité à se déplacer dans un milieu instable et profond sans prise d'appui, sur une certaine distance (minimum 25m ou 50m) loin du bord. Il insiste sur la nécessité de se déplacer à moindre coût (faible coût énergétique) et de manière non codifiée, à la surface et sous l'eau.

 

Maîtrise et performance :

Pour Robin Pla, c'est simplement savoir se déplacer dans l'eau avec maîtrise. Cette maîtrise est à la fois physique, technique et cognitive, et inclut la capacité à se sauver et la capacité à faire une performance. Il le voit comme un palier minimal pour aller vers d'autres performances.

 

Distinction Nageur/Savoir Nager :

Raphaël Le Cam distingue le nageur (capable de nager environ 150m en crawl sans s'arrêter, ayant résolu les problèmes respiratoires et d'appui), du savoir nager, qui est le prérequis pour devenir nageur et est lié à la sécurité. Le savoir nager est la capacité de trouver, à un instant T, la bonne technique ou le bon moyen adapté à ses capacités pour réaliser un déplacement, éventuellement avec des obstacles.

 

3. Les concepts fondamentaux et les « Pouvoirs »

Plusieurs intervenants insistent sur le remplacement du terme « savoir » par des concepts plus dynamiques :

Capacité et compétence :

Didier Chollet privilégie les concepts de capacité et de compétence pour définir le savoir nager.

 

Pouvoirs à construire :

Régis Fayobost et Mathias Magnain préfèrent la notion de pouvoir plutôt que de savoir, impliquant qu'il y a des pouvoirs à construire et à faire évoluer.

 

Le modèle SAUVE :

 Mathias Magnain a construit un modèle autour de trois pouvoirs fondamentaux (SAUVE) permettant de triompher dans le savoir nager 

    1. S’économiser : (Pouvoir de durer longtemps, se maintenir, gérer ses émotions).

    2. S’orienter : (Pouvoir d'explorer différents milieux).

    3. Varier ses actions propulsives : (Pouvoir de se déplacer de manière autonome malgré les incertitudes).

 

Facteurs Clés :

Patrick Pelayo mentionne les concepts d'équilibre, de respiration, de propulsion et d'information qui se définissent différemment selon où l'on place le curseur, mais qui sont toujours complémentaires.

 

4. La Dimension émotionnelle et affective

Une autre perspective clé est la relation subjective de l'individu avec l'eau :

Plaisir et absence de peur :

Jeanne Dekerle estime qu'un élément essentiel du savoir nager est la relation affective et émotive avec l'eau. Savoir nager, c'est être à l'aise dans l'eau, se sentir bien, et réaliser les compétences avec aisance, plaisance et sans la peur de l'eau.

Émotions contextuelles :

Patrick Pelayo relie le savoir nager au type d'émotion que rencontre l'individu confronté à l'eau, distinguant l'Épreuve (pour le débutant ou le nageur de longue distance), la Performance et la Compétition.

Gestion émotionnelle :

Serge Durali explique que les émotions sont d'autant plus fortes que notre savoir nager est inadapté au milieu. Développer des compétences plus complexes permet de moduler le niveau émotionnel face à un contexte incertain.

Marina Blanchart voit dans le savoir nager la capacité de dépasser ses ressources émotionnelles et affectives afin de prendre confiance en soi face à l'élément aquatique.

En résumé, si la définition minimale officielle se concentre sur le non nageur (celui qui ne peut pas faire 50m en eau profonde, hors du bord), le savoir nager est avant tout une compétence contextualisée, une capacité adaptative à se déplacer en toute sécurité et avec efficacité, voire un ensemble de « pouvoirs » (SAUVE) qui permettent de triompher des épreuves inattendues dans un milieu incertain, tout en gérant ses émotions et en y prenant plaisir.

On pourrait voir le savoir nager comme une boîte à outils polyvalente : pour le nageur de performance, elle contient des outils hautement spécialisés (techniques rapides et efficaces), tandis que pour le savoir nager sécuritaire, elle contient des outils d'urgence et de survie (capacité à flotter, s'orienter et s'économiser dans des conditions imprévues). La définition choisie dépend entièrement de l'objectif que l'on s'est assigné.

Infographie qui reprend les notions clés

3. Conception de l'enseignement du savoir nager

Cliquez sur les capsules pour écouter les réponses !

La conception de l'enseignement de la natation varie considérablement selon les auteurs, mais elle s'articule autour de quelques axes majeurs : la nature du "savoir nager", l'efficacité des méthodes pédagogiques, le rôle de l'environnement, et la prise en compte de l'individu et de ses émotions.

Voici les différents éléments de réponse et les notions importantes avancées par les auteurs :

 

1) La conception globale et contextualisée du Savoir Nager

Une notion récurrente est que le savoir nager ne se limite pas à la performance sportive ou à l'accomplissement d'un test minimal (comme la SNS), mais doit être envisagé de manière holistique et contextualisée.

 

1. Le Savoir Nager global et évolutif :

    ◦ Le savoir nager est une compétence globale qui s'apprend et peut se perdre tout au long de la vie.

    ◦ Il est fortement dépendant et imprégné du milieu dans lequel on se trouve. Il ne s'agit pas de savoir nager seulement dans un univers (la piscine), mais dans différents environnements.

    ◦ La SNS (attestation du Savoir Nager Sécuritaire) est considérée comme un minimum ("le lire, écrire, compter" du savoir nager) qui doit être dépassé. Un savoir nager de niveau 2 ou 3 permettrait d'explorer des milieux plus incertains et plus "exaltants".

2. L'engagement et la connaissance de l'environnement :

    ◦ Le savoir nager, c'est être capable de s'engager ou de renoncer.

    ◦ Il implique de savoir se connaître et de savoir connaître l'environnement dans lequel on va s'engager.

    ◦ La capacité à nager des distances importantes en piscine (comme les nageurs de club surentraînés) ne garantit pas la sécurité en milieu naturel (comme à 5 km des côtes), où la désorientation, le stress ou l'aquaphobie peuvent engendrer des risques de noyade.

3. La nécessité du milieu naturel :

    ◦ Plus de 50 % des noyades se déroulent en milieu naturel. Il est donc important de réfléchir à confronter le nageur au milieu naturel (lacs, rivière, mer), idéalement dans des lieux sécurisés et surveillés.

    ◦ Confronter le nageur au déterminisme du milieu aquatique permet de transférer les acquis à une multitude d'environnements.

 

 

2) L'approche pédagogique et didactique

Les méthodes d'enseignement sont sujettes à débat, mais un point central est le refus du dogmatisme et la recherche de l'efficacité.

 

1. Le refus du dogme et l'humilité :

    ◦ Il est crucial d'être humble face aux méthodes.

    ◦ Toutes les méthodes sont bonnes si elles respectent l'intégrité, les émotions et la sécurité de l'apprenti, et si l'efficacité est au rendez-vous.

    ◦ Il faut refuser les conceptions dogmatiques, telles que l'interdiction systématique du petit bassin ou du matériel.

    ◦ Une vérité scientifique ou pédagogique n'est vraie que jusqu'à ce qu'une nouvelle vérité vienne la remplacer.

 

2. L'efficacité et la structuration :

    ◦ L'enseignement doit être jalonné de rendez-vous (tests de sauvetage, 400 crawl, etc.) fixés en fonction du contexte (durée des cycles, nombre d'élèves, niveau de pratique).

    ◦ Les propositions pédagogiques doivent être justifiées scientifiquement par rapport aux connaissances biomécaniques, hydrodynamiques ou physiologiques.

 

3. Le débat sur la profondeur et le matériel :

    ◦ Certains auteurs (Mathias Magnain, Cyril Albertini) sont ardents défenseurs de la grande profondeur et du sans matériel. Leur argument est d'éviter de biaiser ce que l'enfant pourrait ressentir et de lui faire prendre conscience de l'espace, car le matériel de flottaison (prothèses matérielles) peut amener un biais difficile à déconstruire par la suite.

    ◦ D'autres (Patrick Pelayo, Didier Chollet, Serge Durali) considèrent que refuser l'usage du matériel ou de la petite profondeur est absurde ou dogmatique, surtout si ces outils permettent d'atteindre l'efficacité dans un contexte contraint.

    ◦ Une approche intermédiaire propose de travailler avec et sans matériel ou d'utiliser le matériel comme une transition vers le milieu profond.

 

4. Séquentialité et individualisation :

    ◦ L'enseignement est souvent vu comme une succession de passages obligés (étapes par étapes) pour résoudre des problèmes (immersion, bascule, glisse, appuis, coordination, respiration).

    ◦ L'œil de l'enseignant est très important pour repérer le niveau de compétence de l'élève et proposer le contenu adapté. Si un élève a déjà résolu les étapes de l'immersion (sauter, s'immerger, remonter), on ne lui proposera pas les contenus de la première étape.

    ◦ L'efficacité passe par la différenciation et l'individualisation. Il faut prendre en compte les besoins différents de chaque individu.

 

5. Les méthodes d'apprentissage : Massé vs. Distribué :

    ◦ Le problème des méthodes est lié à l'évaluation. L'apprentissage massé donne des résultats immédiats extraordinaires, mais il y a une déperdition importante un an après.

    ◦ La méthode distribuée est plus efficace à long terme. L'idéal, bien que difficile à réaliser, serait de démarrer par un stage massé puis de distribuer les apprentissages (appelé "piqûres de rappel").

    ◦ La régularité ou récurrence des moments d'apprentissage semble plus intéressante qu'une séance toutes les deux semaines.

 

 

3). L'apprentissage émotionnel et la confiance

L'apprentissage est indissociable de la dimension psychologique, de l'émotion et de la sécurité.

 

1. La confiance comme déclencheur :

    ◦ La confiance en soi de l'élève est un passage de Rubicon. Elle passe forcément par la compréhension que l'eau nous remonte à la surface et qu'elle va "nous sauver".

    ◦ La première chose est de mettre l'enfant en confiance.

    ◦ Cette confiance doit être un vécu en acte ressenti par l'élève, et non de simples paroles ou promesses de l'enseignant.

 

2. L'engagement et le plaisir :

    ◦ L'engagement de l'élève en termes d'envie et de plaisir ressenti est une condition fondamentale pour déclencher le savoir nager (aspect motivationnel).

    ◦ L'activité doit comporter une part importante d'activité libre et ludique.

 

3. L'analyse des "Nœuds" pédagogiques :

    ◦ Il faut s'intéresser aux non nageurs pour identifier les "nœuds" ou les problématiques qui bloquent les apprentissages.

    ◦ Contrairement à une idée répandue, les premières problématiques mises en avant par les élèves sont avant tout pédagogiques et didactiques (32-34 %), tandis que les traumatismes (observés, vécus ou transmis) arrivent en deuxième position (environ 27 %).

 

4. La maîtrise des fondamentaux :

    ◦ Une étape charnière (la "pierre angulaire") est la remontée passive (ou l'impossibilité de rester en apnée inspiratoire poumons pleins), qui permet à l'élève de prendre conscience qu'il flotte.

    ◦ Il faut acquérir des habilités de base indispensables rapidement (mettre la tête dans l'eau, souffler dans l'eau).

 

 

4) Les conditions et l'égalité d'accès

L'enseignement de la natation est aussi une question de système éducatif et de ressources.

 

1. L'égalité des chances :

    ◦ L'enseignement devrait perdurer dans le curriculum de la maternelle à la terminale.

    ◦ L'école gratuite a un rôle de rattrapage face aux inégalités sociales d'accès au savoir nager, car le coût des séances hors école crée des inégalités dès le plus jeune âge (dès 6 mois).

 

 

2. Les contraintes et le corpus didactique :

    ◦ La réalité de l'enseignement est soumise à des contraintes de temps et de fréquence extrêmement limitées.

    ◦ Malgré ces contraintes, il existe un corpus de connaissances didactiques avec des contenus hiérarchisés et des démarches multiples, que les professionnels doivent s'approprier pour être efficaces.

 

3. Innovation et créativité :

    ◦ Il est important de penser autrement et d'être créatif si l'accès aux milieux naturels est impossible. Par exemple, nager sans voir (réduire le visuel), travailler les sensations et les perceptions (tactile), ou nager à l'envers (pieds en avant) pour augmenter le panel d'habilités motrices.

    ◦ L'apprentissage indirect, par l'utilisation de supports comme le surf ou d'autres matériels de déplacement, peut amener des acquisitions qui se transfèrent dans le savoir nager sans matériel.

En synthèse, la conception idéale de l'enseignement de la natation est un processus non dogmatique, fortement individualisé et contextualisé, qui utilise des méthodes structurées et scientifiquement justifiées, visant à développer la confiance de l'élève par l'expérience concrète de la flottabilité, et ayant pour objectif ultime l'acquisition d'un savoir nager suffisamment complexe pour garantir la sécurité et l'engagement dans une diversité d'environnements aquatiques.

"On pourrait comparer la construction du savoir nager à la construction d'une maison dans différents types de terrain : il faut d'abord s'assurer que les fondations (la confiance, la compréhension de la flottabilité, l'immersion) sont solides, tout en s'adaptant à la nature du sol (le milieu, le contexte, les besoins individuels de l'élève)". Il serait absurde d'utiliser la même technique de construction pour une maison sur pilotis au bord de l'eau et pour une maison en pleine terre, de même qu'il est absurde de s'enfermer dans une seule méthodologie ou de refuser les outils adaptés à un contexte donné.

Infographie des notions clés

4. Concept de littératie aquatique

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Le concept de « littératie aquatique » est perçu à travers les sources comme un cadre théorique vaste et multidimensionnel, visant à dépasser la simple capacité de nager pour intégrer des enjeux de sécurité, de santé publique, et d'engagement durable dans les activités aquatiques.

Voici les principaux éléments de réponse concernant le point de vue sur la littératie aquatique :

 

1. Définition et portée conceptuelle

La littératie aquatique est un concept relativement nouveau, étudié sérieusement seulement au cours des 10 à 15 dernières années. Il s'agit d'un concept théorique.

Elle est conçue comme quelque chose de plus global, plus vaste et plus large que le simple « savoir nager ». Elle s'inscrit dans un cadre plus large de la littératie physique. La littératie physique, pour sa part, est une résultante de plusieurs littératies (aquatique, aérienne, nutritionnelle, etc.).

Un aspect essentiel de la littératie aquatique est la distinction entre le fait de savoir nager et le fait d'être autonome et en confiance dans l’eau.

 

 

2. Les Dimensions et composantes clés

Les sources soulignent que la littératie aquatique ne se limite pas à la seule compétence motrice, mais doit inclure une variété de dimensions :

 

Compétences et Habiletés Motrices :

Elle englobe l'idée de compétences multiples (nager en surface, en profondeur, sur le ventre, sur le dos, longtemps, vite, etc.). Elle concerne l'acquisition d'habiletés motrices aquatiques. Les pouvoirs moteurs des élèves sont considérés par certains comme la base à développer.

 

Dimensions Psychologiques et Sociales :

Le projet ALFAC est valorisé pour avoir inclus la dimension motrice, mais aussi la prise de conscience de la partie sociale et psychologique de la littératie aquatique. Le cadre développé par European Aquatics inclut d’ailleurs la dimension sociale/psychologique.

    ◦ Les concepts de confiance en soi, d'estime de soi et de confiance en l'eau sont fondamentaux. La confiance en l'eau est une connaissance phénoménologique, permettant de se sentir en sécurité, de flotter, de se rééquilibrer et de se propulser.

 

La Performance : La dimension de la performance ne doit pas être éliminée. Les standards de performance (combien de mètres peut-on nager en surface, sur le dos, ou avec des vêtements) sont importants pour la sécurité et pour sensibiliser le public et les politiciens.

 

Connaissances et Croyances : La connaissance scientifique doit être au service de la littératie aquatique. Il est pertinent de faire le lien entre la production scientifique et les croyances des professionnels.

 

 

3. Objectifs, enjeux et bénéfices

Le concept de littératie aquatique vise plusieurs objectifs cruciaux :

 

Sécurité et Santé Publique : Le savoir nager est avant tout un enjeu sécuritaire et de santé publique.

À Lille, le concept vise à croiser un savoir nager sécuritaire classique avec un savoir qui permet de régler les problèmes de santé publique.

Il s'agit d'assurer les conditions de sécurité lors de l’engagement dans le milieu aquatique. Une approche intéressante consiste à partir de l'accidentologie (comment les gens se noient aux différents âges) pour proposer des contenus d’enseignement adaptés.

 

Pratique Durable et Engagement :

La littératie aquatique souligne la nécessité de pratiquer des activités physiques aquatiques dans le cadre d’un habitus santé à tous les âges de la vie, car la natation est une activité qui se pratique longtemps. L'apprentissage de la natation est un moyen fondamental pour inciter les enfants à s'engager dans la vie physique tout au long de leur existence.

    ◦ L’un des enjeux éducatifs majeurs est que les élèves ressortent de la piscine avec l'envie de revenir et de perdurer dans cette activité.

 

Égalité des Chances :

La promotion de la littératie aquatique devrait permettre de réduire l'écart entre ceux qui savent parfaitement nager et ceux qui ne savent pas du tout. Il faut remonter le niveau bas pour atteindre un savoir minimal. L'objectif est l'égalité des chances pour le savoir nager.

 

 

4. Considérations pédagogiques et nuances

Le concept soulève des débats sur la mise en œuvre pédagogique :

 

Plaisir et Motivation :

Le plaisir doit être toujours présent dans l'apprentissage. Le plaisir est fortement lié au développement du sentiment de compétence : lorsque l'élève progresse et réalise qu'il flotte ou glisse, cela génère du plaisir. Il est essentiel de chercher les motifs d'agir (motivation, compétition, plaisir de l'eau, relations sociales) pour faire progresser l'élève. L’amusement n’est pas possible si l’on a peur.

 

Le Rôle du Savoir Nager :

L'apprentissage précoce et réussi du savoir nager est crucial, car plus tôt les élèves savent nager, plus cela enclenche un engagement à long terme.

 

Contraintes Temporelles :

L'ambition de développer, en plus des pouvoirs moteurs, les compétences méthodologiques et sociales (travail de coopération, de questionnement) est considérée comme le nec plus ultra de l'enseignement, mais elle demande beaucoup de temps.

Il est jugé inopportun de s'engager trop fortement dans cette voie si cela fagocyte la construction des pouvoirs moteurs, car l'enjeu sécuritaire est prioritaire. Le développement du pouvoir moteur est la base qui doit permettre l'amélioration des compétences méthodologiques et sociales.

 

Transversalité :

La transversalité du concept est jugée nécessaire pour permettre le développement harmonieux d'un jeune. Le milieu aquatique présente des particularités qui sont transposables dans divers contextes.

En résumé, la littératie aquatique est vue comme un cadre de compétence, de confiance et de motivation qui lie la maîtrise physique (pouvoir moteur, performance) à l'épanouissement psychologique (confiance en soi/en l'eau), le tout orienté vers une pratique sécuritaire et durable tout au long de la vie. C'est comme construire une maison : la compétence motrice est la fondation solide, et la confiance et la motivation en sont les murs porteurs, garantissant que l'individu ne s'éloignera jamais de l'activité aquatique.

Infographie des notions clés

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