4. Une question de sens

4.2. Des passions ordinaires

Oui... mais c'était avant !

Tout le monde est booké ; personne n'a le temps !

Et vous ?

  • Depuis la nuit des temps (?), l'humanité a joué ! A quoi ? Roger Caillois donne quelques pistes dans son livre Des Jeux et des Hommes
  • Dans la société des Loisirs, amorcée notamment sous , un nouveau temps libre s'est ouvert, uns pourquoi faire ? temps de non travail ! oui, mais Joffre Dumazedier nous donne les 3 grandes fonctions qu’il a identifiés dans ce pourquoi de loisirs,
  • Bien assis sous un platane dans un petit village de Provence, Christian Bromberger, en bon ethonologue, se contente d'observer la foultitude (l’énorme diversité) de nos passions ordinaires
Si vous n'avez que
Lisez l'introduction de ce livre,

Il n’est question ici que de l’introduction, lue et relu et encore à relire. Les temps ont bien changé (Distinction et multiplication des catégories d’âge, désacralisation des grandes institutions, inversion des rapports entre temps de travail et temps libre, essor de la classe moyenne, centration plus forte sur l’individu…) depuis Freud qui déclarait devant des joueurs de tennis : Leur manque de culpabilité me sidère.

Quelles sont ces passions ordinaires ? l’ethnologue du football propose de les regrouper de la manières suivante :

  • La vie domestique et ses entours
  • Le devoir de mémoire et la volonté de savoir.
  • Les amateurs de spectacles et de jeux.
  • Les aventuriers, performance, corps, nature.
  • La quête de sens et de forme.

Le livre de Roger Caillois est, selon lui, un « plaidoyer pour l’esprit de jeu ». Bien que le jeu soit gratuit, désintéressé apparemment, du moins en apparence, il est au contraire, d’après Caillois, une manifestation particulièrement haute de culture, une preuve d’éducation et de progrès intellectuel. Pour démontrer cela, Caillois commence par détailler les différents sens qu’on accorde au terme. Aussitôt qu’apparaît par exemple le jeu dans le langage, il est question d’équilibre entre les règles (la loi) et la liberté. Il arrive à démontrer que des logiques ludiques se retrouvent partout dans la vie sociale. Il cite par exemple la règle d’alternance des partis au pouvoir : les jeux entre la droite et la gauche. Cela vaut pour les arts, mais aussi pour la guerre où la créativité d’une part et la violence sont mobilisés.

Caillois présente les effets bénéfiques que peut avoir le jeu sur vous, comme pour moi. Il explique qu’il peut être une école de la vie : le jeu incite à ne voir la victoire que comme un échec retardé, et de fait à n’en tirer aucune vanité. Ainsi, dans une même logique, mais de nombreuses années plus tard,

Revenons à Caillois…

Il est conscient des limites de son plaidoyer. Il n’ignore pas que la question du jeu est ancrée socialement. On ne s’y adonne qu’à partir du moment où les problèmes de survie purs sont mis à part (ça ne vous rappelle pas la pyramide de Maslow ?)

Autrement dit, le jeu est un luxe. Le jeu a tendance à nous sortir des réalités du monde ; et vous ? ne vous y êtes vous jamais perdu ? Internet et les interactions en ligne ont ajouté assurément un nouvel échelon en ce domaine ! Quelquefois de réelles addictions, des sorties du réel ! Les problèmes du monde sont bien loin…

Caillois propose une première définition générale du jeu en plusieurs points

    Le jeu est libre ; un jeu ne mérite son nom que si on n’est pas obligés d’y jouer, non ?
  • Le jeu est séparé, les limites en terme d’espace et de temps sont précises et fixées à l’avance
  • Le jeu est incertain, son déroulement et son issue ne sont pas toujours déterminés à l’avance, pareil que dans le sport, non ?
  • Le jeu est le plus souvent improductif, le jeu ne crée pas grand chose ; en fait, les choses ont évolué ; il en est ainsi des paris par exemple ou de tous les jeux d’argent…
  • Le jeu est enfin réglé ; sans règle en effet, il n’y a pas de jeu. Notre réflexion quand quelqu’un triche : c’est pas du jeu !
  • Le jeu est fictif, irréel, il est reproduction, on fait semblant ; c’est le cas par exemple quand on joue à la poupée ou bien aux gendarmes et aux voleurs.

Une classification des jeux :

Comme Christian Bromberger qui classifie les passions en quelques blocs, comme Joffre Dumazedier qui partage les loisirs en 3 fonctions , Caillois propose lui aussi sa classification qui repose sur l’attitude du joueur pendant le jeu. Il distingue quatre catégories :

  1. Les jeux de compétition, dans lesquels il s’agit de mettre en place un système où les adversaires, à partir d’une égalité de chances créée artificiellement, peuvent faire reconnaître leur excellence ; il appelle ça l’agôn
  2. Les jeux de hasard, c’est-à-dire les jeux où le joueur passif s’en remet à l’aléatoire, à partir également d’une égalité artificielle ; il appelle ça l’alea. Attention, ce n’est pas aussi simple ; l’agôn(vous suivez ?) et l’alea(vous suivez encore ?) peuvent se combiner ; c’est le cas du coup de bol, du coup de chance, du coup de c…
  3. Les jeux de fiction, lorsque le joueur s’amuse à se faire passer pour un autre ; il appelle ça la mimicry. Attention, ce n’est pas aussi simple, la mimicry peut se combiner harmonieusement avec l’agôn(encore lui…), pour les jeux de compétition qui impliquent une grande part de spectaculaire comme les matchs de boxe, le super bowl…
  4. Les jeux à sensation, où ce qui est recherché est moins le divertissement que le vertige ; il appelle ça l’ilinx qui lui encore est aisément combinable avec les jeux de compétition ; certains sports permettent le frisson direct de la possibilité imminente de la mort.

Illustrataion dans l'univers des jeux vidéo

Pour Joffre Dumazedier,le loisir est un ensemble d’occupations auxquelles l’individu peut s’adonner de plein gré, soit pour se reposer, soit pour se divertir, soit pour développer son information ou sa formation désintéressée, sa participation sociale volontaire ou sa libre capacité créatrice, après s’être dégagé de ses obligations professionnelles, familiales et sociales.

Ces trois fonctions sont étroitement unies l’une à l’autre; elles existent à des degrés variables dans toutes les situations, pour tous les êtres.

Le délassement délivre de la fatigue.

En ce sens, le loisir est réparateur des détériorations physiques ou nerveuses provoquées par les tensions qui résultent des obligations quotidiennes et particulièrement du travail. Malgré l’allégement des tâches physiques il est sûr que le rythme de la production, la longueur des trajets du lieu de travail au lieu de résidence, dans les grandes villes, accroissent le besoin de repos, de silence, de farniente, de petites occupations sans but.

Le divertissement délivre de l’ennui.

Tout un chacun aujourd’hui a besoin de rupture avec son univers quotidien. Cette rupture peut se traduire par des infractions aux règles juridiques et morales dans tous les domaines ou, au contraire, être un facteur d’équilibre, un moyen de supporter les disciplines et les contraintes nécessaires à la vie sociale. De là cette recherche d’une vie de complément, de compensation ou de fuite par la diversion, l’évasion vers un monde différent, voire contraire, à notre monde de tous les jours.

Accordez vous 6'04 à écouter André Comte-Sponville
Le développement délivre des automatismes de la pensée et de l’action quotidienne.

Le loisir nous donne l’occasion de développer notre personnalité, de nous ouvrir à plus de curiosité. Il permet de développer librement nos aptitudes, nos connaissances qui sont sans cesse dépassées par l’évolution continue et complexe de la société. Elle incite à adopter des attitudes actives dans l’emploi des différentes sources d’information traditionnelles ou modernes. Cette fonction de développement peut créer des formes nouvelles d’apprentissage volontaire tout au long de la vie. Elle peut susciter chez tout individu, libéré de ces obligations des disciplines librement choisies en vue de l’épanouissement complet de la personnalité dans un style de vie personnel et social, une attitude critique face aux médias, l’envie de formation continue,

Pour aller plus loin
  • Des jeux et des hommes :

    Vous connaissez le sketch du scrabble de Pierre Palmade ? l'exemple même d'un joueur qui ne sait pas encore perdre et dans ce cas précis ne veut absolument pas perdre,

    • Oui ? c’est super non ? et ça illustre bien le propos
    • Non, vous ne perdrez (sic) pas votre temps dans ces 7’52 de vrai bonheur

    Allez ! un petit Michel Serres qui revient sur les jeux … Dans le sport, il y a une délimitation spatio-temporelle du match, en clair, il y a des régles !

    Illustration (possible) des jeux de fiction ; la passe aveugle en basket !

    Pour en savoir plus sur les jeux de vertige, et pour se délasser (voir Dumazedier), pourquoi ne pas écoutez David Le Breton sur les conduites à risque, comme les sports extrêmes par exemple, sur l’ordalie (kesako ?)

  • Des loisirs :

    C'est un peu long ; ça dépasse un peu le cours... mais ça reste dans le thème : la fonction développement du loisir est toute entière contenue dans cette conférence

    La civilisation industrielle ou l’ère des machines, en allégeant les efforts physiques et en réduisant les heures de travail, a donné à l’homme plus de temps libre, de loisir.
 Mais il ne suffit justement pas d’avoir beaucoup d’heures disponibles pendant lesquelles on pourrait développer sa réflexion personnelle, faire des choix individuels et, ce faisant, travailler à l’épanouissement de sa personnalité.

    Le loisir n’est pas seulement une affaire de quantité d’heures inoccupées, mais également une affaire de qualité dans nos occupations dans ces heures libérées.

    • Ne confondons nous pas aujourd’hui activité et agitation ?
    • Le goût de la flânerie ne s’est-il par en partie perdu avec elle, la méditation et la rêverie ?
    • Tout temps mort n’est-il qu’un temps perdu ?
    • Très soucieux de l’avoir, n’avons nous plus conscience de la détérioration de soi ?
    • Le temps gagné par le progrès technologique est-il vraiment toujours un temps libre ?

    Si vous n'avez pas vu cette vidéo, laissez vous tenter ! si vous l'avez déjà vue, écoutez de nouveau Michel Serres,