4. Les caractéristiques de l'adolescent

4.1. Au niveau sociologique

Introduction

Depuis une dizaine d'années seulement, les travaux sociologiques portant spécifiquement sur l'adolescence, et non plus sur la jeunesse au sens large, se multiplient du fait de la mise en lumière d'une spécificité inhérente à cet âge de la vie : l'autonomie.

L'adolescence est alors définie par les sociologues comme le moment d'apprentissage de l'autonomie (Galland, 2010).

Dans ce chapitre nous définirons plus précisément les caractéristiques de l'adolescent sur le plan social, dans son comportement avec ses pairs, avec l'adulte, pour comprendre l'importance cet environnement dans la construction de l'adolescent.


A- L'adolescence: un phénomène social

L'adolescence n'est pas un modèle universel:

Une approche historique de l'adolescence montre qu'elle est un phénomène récent.

La notion même n'existait pas, on parlait de "jeunesse", de toute façon l'entrée dans le monde du travail se faisait très jeune (voir les ouvrages de Philippe Ariès).


Une approche culturelle permet de comprendre comment chaque culture crée son propre modèle de l'adolescence.

Certaines tribus déterminent par des rites de passage le début, le déroulement et la fin de l'adolescence. Il s'agit d'une mort et d'une renaissance symboliques au travers d'épreuves initiatiques. (Voir les ouvrages de Margaret Mead).


Une approche sociale permet de comprendre comment chaque société se forge une image, une représentation, de l'adolescence.

Cette image détermine les attentes du groupe social vis à vis de l'adolescent, ce qu'il peut faire, ce qu'il doit faire. Mais le milieu social dans lequel évolue l'adolescent déterminera également ses attitudes, comportements et relations. (Voir les ouvrages de Bourdieu et Passeron).

Il existe ainsi des variations d'une société à l'autre dans la durée de l'adolescence (de trois jours à plusieurs années), comme dans la manière dont elle se déroule. Le regard que porte une société à un moment donné sur l'adolescence va contribuer à la définir. Le regard porté par un groupe social donné a une influence sur l'adolescence.

On peut affirmer également que le regard que chacun d'entre nous porte sur l'adolescent est déterminant sur la relation que l'on développe avec l'adolescent. Or l'identité de l'adolescent se construit essentiellement en fonction des relations qu'il établit avec les adultes de son entourage, autres que ses parents.

En ce sens, le rôle que nous pouvons jouer en tant qu'adulte et en tant qu'éducateur, est fondamental pour accompagner l'adolescent dans sa quête d'identité.

B- Le comportement social de l'adolescent

On peut relever 3 grandes étapes :

1- La phase de l'opposition (vers 12-13 ans pour les filles, 12-15 ans pour les garçons).

L'adolescent refuse l'ordre établi, il est incapable de domestiquer ses désirs. Il recherche du plaisir dans la transgression de l'interdit.

Par exemple, l'adolescent ne voudra pas aller chez le coiffeur, il ne voudra pas des vêtements qui lui sont proposés, il ne voudra pas participer aux sorties familiales, il ne supportera pas d'avoir un horaire imposé, etc.

C'est le moment du :"Je ne veux pas".

2- La phase de l'affirmation du Moi (vers 13-16 ans chez les filles 15-17 ans chez les garçons).

Période de revendication, besoin d'indépendance de liberté.

C'est le moment du :"Je veux".

3- La phase d'Insertion (vers 16-18 ans chez les filles, 18-20 chez les garçons).

Période d'indépendance affective et de construction de l'autonomie financière. Mais la société actuelle ne rend pas simple cette étape car le travail, moyen d'intégration et d'indépendance, n'est pas accessible facilement (études longues ou/et crise de l'emploi)

C- L'adolescent et ses pairs : amitié, groupe et bande

La construction des rapports entre jeunes passe par des étapes successives :

La bande : les membres de ce groupe sont des individus semblables asexués. Ils ont les même idoles, les mêmes vêtements, les même idées. Le but de la bande est d'éviter la solitude et d'être en sécurité, valorisé, reconnu. L'appartenance à la bande évite la confrontation avec l'autre sexe.

Le groupe réconforte lui aussi, quand le "nous" fait place au "je". Il offre une reconnaissance que nos sociétés n'accordent pas forcément à l'adolescent.

Le groupe permet également d'expérimenter divers types de rôles.

    On identifie trois formes de groupements à l'adolescence :
  • les groupes à supports institutionnels (scolaires, sportifs…)
  • les groupes spontanés constitués de noyaux de 4/5 personnes qui s'entourent d'un cercle plus large, fluctuant et mixte
  • les bandes, très structurées et hiérarchisées, dont les activités sont à la marge des interdits sociaux.

L'adolescent accorde à la bande une toute puissance qui compense son sentiment de faiblesse. Elle permet une reconnaissance sociale à travers un conformisme rigide, avec des statuts de leaders, de soumis ou d'exclus. La bande est composée "d'isolés rassemblés" soudés autour du charisme des chefs. L'originalité de la bande s'affirme en se heurtant aux interdits, aux limites sociales. Elle répond en fait à un sentiment de rejet de la société, quand l'adolescent se sent dévalorisé, non intégré et qu'il va donc agresser en retour.

Le confident : la bande ne suffit plus. L'adolescent cherche un ami, un confident. L'amitié est passionnée, brusque et peut s'arrêter tout d'un coup. On se dit tout, on se téléphone des heures, on communique par sms, Internet, etc.

L'amitié joue un rôle important durant cette période.

L'ami est comme un "double" qui vit les mêmes choses que soi. On se ressemble y compris dans les goûts, les attitudes… ainsi on se rassure, on est pas tout seul à vivre ces désordres. L'amitié à cette période peut être exclusive, exigeante, à la vie à la mort, puis s'interrompre brusquement sans raison.

La mélancolie : l'ami est rejeté, il ne comprend pas. L'ado rentre dans la phase de mélancolie de vide métaphysique.

L'autre sexe est à la fois dénigré et idéalisé. C'est le moment des flirts, des grandes passions, des désillusions aussi.

Enfin c'est la phase du couple. L'ado se reconnaît comme être sexué et il recherchera l'autre sexe pour sa différence

L'acquisition d'une identité adulte sexuée est un travail considérable, avec ses échecs, ses passages à vide, ses difficultés.

Il n'est donc pas étonnant que les adolescents soient fragiles et présentent parfois des comportements dépressifs.

Les adolescents sont à prendre au sérieux d'autant que les parents ont du mal à les voir grandir.

Amitiés, groupes et bandes ont une nature et une valeur différentes en fonction des époques.

L'adolescence elle-même, dans sa définition, dans ce qu'elle est, apparaît déterminée par un contexte historique, culturel et social.

D-La construction de l'adulte

L'adolescent pour accéder à l'âge adulte doit consentir à :

1- Faire le deuil d'un corps d'enfant

Le corps se transforme de manière surprenante. La croissance peut se passer de façon disharmonieuse (acné, douleurs, etc.) Les hormones sexuelles manifestent quelques fantaisies avant de s'équilibrer !

2- Faire le deuil de l'image idéalisée des parents

Les adolescents se rendent compte de la limite du pouvoir de protection des parents. Les parents n'apparaissent plus comme le parent idéal mais bien avec leurs failles, leurs défauts, etc. .

L'image du parent tout puissant tout aimant passe par un jugement du type « qu'est ce qu'ils valent ? », « est ce que leur vie a un sens ? ».

3- Faire le deuil du cocon familial

Chaque membre de la famille a sa place et cela est sécurisant mais à l'extérieur tout est à faire : se comparer, entrer en conflit, vaincre ou être vaincu selon les moments.

Pour un adolescent, il n'y a rien de pire que d'être jugé banal, sans personnalité c'est-à-dire comme tout le monde.