L'adulte
3. Première approche du sujet
Nous allons commencer par interroger les différents regards portés sur l'adulte.
Approche historique
Depuis le 18°siècle, on différencie l'enfant de l'adulte.
Jusqu'à cette date, l'enfant était décrit comme un "petit adulte" c'est-à-dire comme un être inachevé, en devenir ... qui devait se construire sur le modèle adulte.
Aujourd'hui l'enfant est défini comme un être humain complet, ayant toutes les capacités de son âge, à qui il ne manque rien, simplement différent de l'adulte.
Avant, l'adulte représentait donc un modèle à atteindre, un repère pour grandir.
Il jouait le rôle de l' "étalon" auquel se mesurer et s'identifier pour devenir un être accompli. De ce fait, il incarnait la stabilité, l'achèvement, la plénitude, la complétude. Son image sociale était très valorisée, stable et non remise en question. On gagnait son statut d'adulte, puis on le conservait. Il apportait autorité, pouvoir et entraînait le respect des autres catégories d'âge.
Approche culturelle
D'une culture à l'autre, l'adulte jouit d'une considération différente, en fonction de l'image qu'il représente. Dans la plupart des cultures dites "primitives", l'adulte reste le sage à qui se référer pour toute décision.
Il écoute, décide, conseille, juge, évalue, arbitre. On le consulte en cas de conflit ou de choix.
Ce rôle ne revient pas seulement à l'adulte des cultures primitives, il peut être plus dilué mais tout aussi prégnant dans les cultures de beaucoup de pays en voie de développement, quand le poids des traditions et des coutumes, mais aussi celui de la religion est déterminant sur l'évolution des personnes à l'intérieur d'une société.
L'adulte décide alors du mariage, de la profession de ses jeunes, il intervient avec la force des traditions dans les grandes décisions de la vie.
Dans notre société
Nos sociétés post industrielles malmènent l'image stable de l'adulte. Ce dernier n'est plus un repère pour grandir, au contraire. On veut faire "jeune"
La publicité, les médias exploitent ce phénomène auquel même les dirigeants politiques se conforment. "Parler jeune", s'habiller jeune, vivre le plus longtemps possible hors des contraintes d'une vie adulte deviennent des repères pour l'adulte. La valeur d'une adaptation au changement est une qualité qui s'oppose à la stabilité jugée "ennuyeuse" de l'adulte d'autrefois.
On ne revendique plus ce statut d'adulte comme une garantie de respect, de sagesse.
Pourtant, n'est-ce pas sur l'adulte que continue à reposer la plupart des rouages de notre société ?
L'adulte d'aujourd'hui traverse des crises qu'il affiche.
Il revendique son immaturité, avoue interroger ses certitudes. Comme le suggère Jean-Pierre BOUTINET, n'est-ce pas là une nouvelle forme de maturité que de revendiquer son immaturité ?
La ré-interrogation de certitudes n'est-elle pas intéressante et profitable justement parce que l'adulte peut se reposer sur des valeurs et repères qu'il s'est forgés au cours de son existence ?