3. Les troubles de l'apprentissage

3.7. Les troubles mnésiques

La mémoire n'a pas une localisation unique dans le cerveau. Pour ce qui est de la mémoire à long terme, le processus de mémorisation implique des structures du cerveau bien précises : le système limbique, situé au centre du cerveau, et plus particulièrement sur le circuit hippocampo-mamillo-thalamo-cingulaire de Papez. Le stockage de l'information mémorisée se fait ensuite dans une mosaïque d'aires spécialisées localisées dans la région du cortex où l'information a été traitée : le lobe temporal gauche pour le langage et le lobe occipital pour les souvenirs visuels par exemple.
Les principaux types de mémoire sont :

  1. La mémoire de travail : système de capacité limitée responsable du maintien temporaire et de la manipulation de l'information lors de la réalisation de tâches cognitives. C'est ce type de mémoire qui est utilisé pour résoudre un exercice de mathématique par exemple : l'élève garde à l'esprit les différents éléments de l'énoncé, afin d'élaborer une stratégie pour répondre à la question posée. Cette mémoire est également indispensable à l'apprentissage de la lecture. La capacité de la mémoire de travail augmente avec l'âge : 3 chiffres en moyenne section de maternelle, 5 en CP, 7 +/- 2 à l'âge adulte.
  2. La mémoire à long terme : de large capacité (habituellement qualifiée d'illimitée) , elle permet de garder des informations pendant des années. Elle se compose de deux entités :
    • la mémoire implicite (ou procédurale) qui permet d'apprendre sans garder le souvenir de l'apprentissage et d'améliorer son habilité par la répétition de cette pratique (par exemple, apprendre à faire du vélo, conduire une voiture, tricoter, écrire ...)
    • la mémoire explicite (ou déclarative) où sont gardés les souvenirs d'évènements familiaux, de livres lus, de voyages faits etc.

Les troubles de la mémoire sont rarement isolés. Ils sont le plus souvent transitoires, signe d'un manque de sommeil ou d'un trouble psychologique transitoire (dépression, stress...). Parfois ils sont le signe ou la séquelle d'un problème neurologique tels que :

  • Un traumatisme crânien, une chirurgie du cerveau, un accident vasculaire cérébral, une anoxie cérébrale (manque d'oxygène au niveau du cerveau).. ;
  • Une maladie neurologique : tumeur cérébrale, anomalie des vaisseaux sanguins irrigant le cerveau, infection du cerveau et des méninges (ex. méningo-encéphalite herpétique) ... ;
  • Une anomalie chromosomique : trisomie 21 ... ;
  • Une carence nutritionnelle : carence en certaines vitamines, en particulier la B1... ;
  • Une prise de certains médicaments ou de toxiques : prise de somnifères, intoxication alcoolique chronique...

Nature des troubles spécifiques du développement des processus mnésiques :

Ces troubles peuvent porter sur la mémoire de travail et/ou la mémoire à court terme et/ou la mémoire immédiate et/ou sur la mémoire à long terme. Ils apparaissent au cours du développement de l’enfant vers 5-6 ans et sont permanents.

Ils ont des répercussions significatives sur les différents types d’apprentissage.

Manifestations

  • Oubli d’une leçon bien apprise la veille.
  • Oubli des consignes données (l’enfant ou l’adulte doit relire plusieurs fois).
  • Égarement et perte d’objets personnels fréquents
  • Difficulté à donner du sens aux textes longs par oubli du contenu des premières phrases alors que la lecture est courante.

Répercussions

  • Difficultés d’apprentissage scolaire. Le pronostic scolaire est remis en cause. Les jeunes atteints par ces troubles seront souvent orientés vers des apprentissages de “savoir-faire” : métiers manuels ou pratiques.
  • Difficulté dans les relations avec la famille, les amis, les collègues de travail… s’ils n’acceptent pas le côté “tête en l’air qui oublie ce qu’on lui a demandé” .
  • Difficulté relationnelle avec les enseignants qui pensent que l’enfant n’a pas appris sa leçon ou avec les employeurs qui interprètent cela comme de la négligence professionnelle.
  • Difficulté à suivre un cours, un exposé, un briefing, une conversation …
  • Difficulté à participer à un travail en équipe.
  • Difficulté à gérer leur vie économique, familiale et sociale pour les adultes.

Des outils et aménagements :
  • de faciliter le travail de mémorisation de l'apprenant en limitant les sources de distractions, par un placement judicieux au sein de la classe ;
  • reformuler systématiquement les consignes et de les donner sous plusieurs formes (à la fois à l'oral et par écrit au tableau) ;
  • rappeler les notions clés apprises précédemment ;
  • aider l'apprenant à hiérarchiser les informations afin de mémoriser en premier les notions les plus importantes ;
  • créer des "référents" individuels ou collectifs (écrits, dessins ou pictogrammes, ...) afin d'établir des automatismes ;
  • fournir des moyens mnémotechniques, permettre l'utilisation d'aide-mémoires ;
  • en cas de trouble mnésique touchant les voies d'entrée auditivo-verbales, s'appuyer sur la mémoire visuelle en utilisant des outils pédagogiques adaptés (encyclopédie, schéma, tableau récapitulatif etc.) garder une trace (écrit, dessin) de chaque activité, afin d'aider l'apprenant à se les remémorer ;
  • travailler avec l'apprenant sur la reconnaissance du temps qui passe par l'établissement de points de repères temporels : emploi du temps, agenda, sonnerie de fin de cours, horloge dans la classe, carnet de mémoire ou l'élève inscrit au fur et à mesure tout ce qu'il fait dans sa journée (ce qui lui évite de faire 2 fois la même chose) ...
  • prendre en compte la lenteur induite par les troubles de la mémoire et les stratégies de contournement qu'ils impliquent, par exemple en réduisant le nombre d'exercices à faire sur un temps imparti ou en octroyant un temps supplémentaire pour les évaluations.

Il faut garder en mémoire que l'apprenant n'est pas fainéant mais que son trouble l'empêche de mémoriser de la même façon que ses camarades. Il faut donc éviter :

  • de perdre son calme (ni énervement, ni culpabilisation) ;
  • de nier l'échec si tel est le cas, mais aussi de mettre l'apprenant systématiquement face à son échec ;
  • de culpabiliser l'apprenant;
  • de le forcer à faire des choses qu'il n'est pas en capacité de faire.