2. Définition du savoir nager

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La définition du « savoir nager » varie considérablement selon les auteurs, qui soulignent tous sa complexité et sa nature plurielle, dépendante du contexte et des objectifs. Plutôt que d'une seule définition, les auteurs proposent l'idée de « savoirs nagés » multiples qui évoluent tout au long de la vie.

Voici les différentes conceptions et définitions données :

 

1. Le Savoir Nager comme capacité sécuritaire et d'adaptation au milieu :

Plusieurs auteurs mettent l'accent sur la dimension sécuritaire et la capacité à gérer l'incertitude du milieu :

 

Capacité à s'engager ou renoncer : Pour Cyril Albertini, le savoir nager est quelque chose qui s'apprend ou se perd tout au long de la vie et est fortement lié au milieu. C'est une conception globale qui permet d'être capable de s'engager ou non dans l'environnement aquatique. Cela implique de se connaître, connaître l'environnement dans lequel on s'engage, et savoir renoncer si nécessaire.

 

Sécurité minimale :

Pour Didier Chollet, le savoir nager est d'abord la capacité d'entrer, de se déplacer et de sortir de l'eau en toute sécurité.

Marina Blanchart le lie au savoir sécuritaire et à la littératie, permettant de pouvoir se sauver quel que soit le contexte (certain ou incertain, généralement associé au champ d'apprentissage 2).

Patrick Pelayo met en lumière que la difficulté est souvent de déterminer les compétences minimales pour se préserver d'une noyade.

 

Maîtrise et variabilité du milieu :

Aldo Costa le définit comme une habileté motrice qui permet de se propulser et de maintenir le corps au-dessus de l'eau, mais aussi de comprendre ce qui doit être fait dans des environnements aquatiques différents (en raison de leur variabilité).

Serge Durali note que le savoir nager est calibré par rapport au milieu dans lequel on intervient, et que l'attestation du savoir nager en sécurité (SNS) est souvent insuffisante pour le milieu naturel (lacs, rivières, mer).

 

Triompher de l'inconnu :

Mathias Magnain axe sa définition sur le fait de triompher d'une épreuve qui pourrait être inconnue. C'est un savoir adaptatif face à une forte incertitude spatiale, temporelle et événementielle, permettant de triompher même sans connaître la fin de l'épreuve ou les contraintes.

 

2. Le Savoir Nager comme compétence motrice et efficacité :

D'autres définitions se concentrent sur les compétences spécifiques requises pour le déplacement :

Capacité de déplacement :

Philippe Hellard donne une définition personnelle : savoir se déplacer d'un point A à un point B en grande profondeur, plusieurs fois et sans fatigue, et réussir à le reproduire sans difficulté. Il évoque une contrainte minimale de 15 mètres.

 

Efficacité et faible coût énergétique :

Sébastien Ratel le définit comme la capacité à se déplacer dans un milieu instable et profond sans prise d'appui, sur une certaine distance (minimum 25m ou 50m) loin du bord. Il insiste sur la nécessité de se déplacer à moindre coût (faible coût énergétique) et de manière non codifiée, à la surface et sous l'eau.

 

Maîtrise et performance :

Pour Robin Pla, c'est simplement savoir se déplacer dans l'eau avec maîtrise. Cette maîtrise est à la fois physique, technique et cognitive, et inclut la capacité à se sauver et la capacité à faire une performance. Il le voit comme un palier minimal pour aller vers d'autres performances.

 

Distinction Nageur/Savoir Nager :

Raphaël Le Cam distingue le nageur (capable de nager environ 150m en crawl sans s'arrêter, ayant résolu les problèmes respiratoires et d'appui), du savoir nager, qui est le prérequis pour devenir nageur et est lié à la sécurité. Le savoir nager est la capacité de trouver, à un instant T, la bonne technique ou le bon moyen adapté à ses capacités pour réaliser un déplacement, éventuellement avec des obstacles.

 

3. Les concepts fondamentaux et les « Pouvoirs »

Plusieurs intervenants insistent sur le remplacement du terme « savoir » par des concepts plus dynamiques :

Capacité et compétence :

Didier Chollet privilégie les concepts de capacité et de compétence pour définir le savoir nager.

 

Pouvoirs à construire :

Régis Fayobost et Mathias Magnain préfèrent la notion de pouvoir plutôt que de savoir, impliquant qu'il y a des pouvoirs à construire et à faire évoluer.

 

Le modèle SAUVE :

 Mathias Magnain a construit un modèle autour de trois pouvoirs fondamentaux (SAUVE) permettant de triompher dans le savoir nager 

    1. S’économiser : (Pouvoir de durer longtemps, se maintenir, gérer ses émotions).

    2. S’orienter : (Pouvoir d'explorer différents milieux).

    3. Varier ses actions propulsives : (Pouvoir de se déplacer de manière autonome malgré les incertitudes).

 

Facteurs Clés :

Patrick Pelayo mentionne les concepts d'équilibre, de respiration, de propulsion et d'information qui se définissent différemment selon où l'on place le curseur, mais qui sont toujours complémentaires.

 

4. La Dimension émotionnelle et affective

Une autre perspective clé est la relation subjective de l'individu avec l'eau :

Plaisir et absence de peur :

Jeanne Dekerle estime qu'un élément essentiel du savoir nager est la relation affective et émotive avec l'eau. Savoir nager, c'est être à l'aise dans l'eau, se sentir bien, et réaliser les compétences avec aisance, plaisance et sans la peur de l'eau.

Émotions contextuelles :

Patrick Pelayo relie le savoir nager au type d'émotion que rencontre l'individu confronté à l'eau, distinguant l'Épreuve (pour le débutant ou le nageur de longue distance), la Performance et la Compétition.

Gestion émotionnelle :

Serge Durali explique que les émotions sont d'autant plus fortes que notre savoir nager est inadapté au milieu. Développer des compétences plus complexes permet de moduler le niveau émotionnel face à un contexte incertain.

Marina Blanchart voit dans le savoir nager la capacité de dépasser ses ressources émotionnelles et affectives afin de prendre confiance en soi face à l'élément aquatique.

En résumé, si la définition minimale officielle se concentre sur le non nageur (celui qui ne peut pas faire 50m en eau profonde, hors du bord), le savoir nager est avant tout une compétence contextualisée, une capacité adaptative à se déplacer en toute sécurité et avec efficacité, voire un ensemble de « pouvoirs » (SAUVE) qui permettent de triompher des épreuves inattendues dans un milieu incertain, tout en gérant ses émotions et en y prenant plaisir.

On pourrait voir le savoir nager comme une boîte à outils polyvalente : pour le nageur de performance, elle contient des outils hautement spécialisés (techniques rapides et efficaces), tandis que pour le savoir nager sécuritaire, elle contient des outils d'urgence et de survie (capacité à flotter, s'orienter et s'économiser dans des conditions imprévues). La définition choisie dépend entièrement de l'objectif que l'on s'est assigné.

Infographie qui reprend les notions clés